GLOBE_PACIFIQUE

cet article a été mis à jour en décembre 2016

Curieusement, il n'y a pas d'avalanche d'ouvrages sur le monde en général. Bibliographie Critique de Géographie ne vous propose donc pas ici une bibliographie générale sur le monde, mais

1-vous donne tout de même ce qu'on peut considérer comme la meilleure porte d'entrée dans la connaissance géographique

2-tente de vous expliquer pourquoi un bon ouvrage sur le monde en général, autre qu'un atlas, n'existe pas pour l'instant

Notre géographie du monde en général finit donc par un point d'interrogation

Vue de 30 000 km d'altitude, à la verticale de l'île Anaa (archipel des Tuamotu), la terre n'a presque pas de terre. De même, la bibliographie du monde en général n'a presque pas de livre. On parlera donc ici d'Atlas et de Géographie Universelle.

 

                 Google earth et Google maps, l’atlas qui gagne pour l'instant

 ENTHOUSIASME

Ce Système d'Information Géographique (SIG) est polyglotte. Il parle très bien français, même quand il zoome sur les régions étrangères. 

Il est gratuit

Il donne des liens, encore bien limités, vers plus de connaissances (Panoramio, Wikipédia, Google Street View). Wikipédia en particulier est une porte d'entrée de la réflexion, comme tous les sites d'information qu'on a envie d'ouvrir dans de nouveaux onglets, comme pour faire la légende de ces images brutes.

Il est souple à utiliser et à installer.

Google earth, et son complément Google maps renouvellent donc la connaissance du monde par les cartes. Ils ont réussi, par leur souplesse et la formidable masse d'information qu'ils mettent à disposition gratuitement, à renouveller chez tout un chacun la fréquentation des cartes. Fréquenter la carte : cette genèse de la géographie, qu'on fait comme çà, pour repérer, pour se repérer, pour voir ce qu'il y a autour, pour tomber sur les mots qui disent l'environnement dans lequel on est ou qu'on voudrait mieux connaitre. Aujourd'hui cela se fait par le biais d'une tablette, d'un GPS, mais au fond (... de carte), c'est la même chose : ouvrir une carte, ou un atlas, ou un SIG, c'est le commencement de notre géographicité.

QUELQUES EXEMPLES DES CAPACITES DE GOOGLE EARTH :

tv_google_earth le meilleur :

extrait du site professionnel pour les applications de Google Earth et Maps,

 

 

 

 

 

 

Anaa

 

...le normal :

île de Anaa, avec photo de la plage et réglette de mesure où l'on découvre que les 400 habitants se répartissent sur un anneau de 28km de diamètre autour d'un lagon bleu

 

 

Kasai

... et le pire :

50 hectares, dont un point de peuplement, du front pionnier à la lisière de la forêt du Congo, province de Kasai. On n'y voit rien : c'est normal. Peu de données satellitales en effet, pour les régions les plus pauvres

 

 

 

REGRETS

On peut toutefois regretter le fait que Google earth ne soit qu’un patchwork d’images satellites et de photos aériennes libres de droits récupérées çà et là, et rapiécées de manière peu rigoureuses. On y voit des paysages de neige juxtaposées à des plages chaudes et ensoleillées, des frontières correspondre à quelques centaines de mètres au cours d’eau qu’elles épousent, des îles désertes oubliées, des régions sans aucune précision alors que d’autres montrent jusqu’au piéton.

On peut s'inquiéter du fait que ce premier globe virtuel soit un pur produit de spéculation : il est mis au point en 2005 par la masse financière dont Google ne savait trop quoi faire, suite à sa fulgurante introduction en bourse. Par cet effet de mode planétaire (la société prétend qu'un milliard d'ordinateurs ont téléchargé google earth), la lecture d'atlas papier est reléguée au rang de souvenir pour 99 humains sur 100 (le centième restant étant composée des géographes dont la collection de cartes et d’atlas dépasse encore en connaissances le système d’information géographique américain)

Il faut se poser la question du positionnement politique de google maps vis-à-vis des conflits territoriaux. "La révolution cartographique" du Dessous des Cartes (2016) explique bien comment Google n'hésite pas à donner des tracés de frontière différents en fonction du pays d'où vous vous connectez (pour la frontière Chine-Inde, pour le nom "golfe Persique" ou "golfe Arabique"...)

On regrette aussi que la réplique française de ce globe virtuel, c'est-à-dire Terra Explorer ne soit pas mieux connue et plus souvent utilisée. Il faut dire que la dimension technique est plus complexe, l'installation et la manipulation moins souple. De même, le logiciel d'entrée, Géoportail. Malgré leur lourdeur, ces 2 formules livrent à l'internaute des informations géographiques très précises pour la France : tout le fond de cartes de l'IGN, des photos aériennes du territoire français de bien meilleure qualité que celles de Google, les cartes Cassini, et pas moins que les limites des parcelles de cadastre !

 

geoportail

Le Géoportail a une nouvelle présentation, très conviviale, depuis l'été 2016. Pour la France, ce SIG donne de meilleures informations géographiques que Google Earth et Google Maps

Bien sûr, ces Atlas en ligne ne sont qu'un commencement. La géographie commence quand, après avoir observé un paysage ou une image satellitale, on ouvre un onglet qui va fournir la légende du territoire en question : territoire riche ? pauvre ? y a-t-il beaucoup d'habitants, là ? qui font quoi ? Et là, l'Internet est formidable : mille nouveaux onglets donnent au curieux les réponses, aux questions que posent la terre et les hommes. Souvent, les réponses sont approximatives, mais à ce stade elles ont déjà fait faire de la géographie à celui qui y a consacré plus de 10 minutes. Plus rarement, les réponses peuvent être plus précises. Pour cela, il faut savoir parler d'autres langues, ou bien connaitre le labyrinthe de l'International Network du géographe : census bureau pour les caractères de la population des Etats-Unis, savoir lire entre les lignes des sites officiels des grandes entreprises pour y débusquer les lieux de production, d'approvisionnement, SIG du ministère de la Ville pour les données sociales de chaque quartier, dossiers INSEE sur les territoires, rapports Ubifrance, souvent lumineux, sur la situation de tel ou tel pays...

 

MAIS Lire_c_partir

Mais le lecteur d'écran "surfe" sur un réseau à petite échelle. Il passe donc de page en page, de paysage en paysage et se lasse trop vite. Qui a déjà lu un livre entier sur un écran ? A peu près personne ; c'est pourquoi ce blog insiste essentiellement sur ce qui est écrit sur papier. Faire de la géographie prend du temps : le temps non seulement de voir, mais d'entrer dans, de se reconstituer un espace, par la lecture ; le temps d'y aller, ou les deux.

[ image du site de livres pour enfants "Lire c'est Partir" --> ]

C'est pourquoi malgré le succès de Google Earth, cet "atlas en ligne" qui a "gagné", nous ne pouvons nous empêcher de proposer au moins un petit atlas, un vrai.    

 

               L'atlas papier existe encore, je l'ai rencontré en 912

Il existe un atlas commode , le Nouvel Atlas Mondial Gisserot.  En une cinquantaine de pages les auteurs réussissent à présenter le monde sous ses angles principaux. Sur les cartes de synthèse, on trouve pour chaque région du rouge pour les centres, du jaune ou blanc pour les périphéries.

Pour les Atlas papier, on s'arrêtera là. En effet, chaque éditeur a le sien, ce qui donne au rayon 912 des bibliothèques (selon les classification Dewey, les atlas sont souvent en 912) un aspect très répétitif. Si vous restez sur votre faim, explorez ce lien qui vous fera un inventaire, à la Prévert, de tout ce qui répond pour un libraire informatique, au nom d'Atlas.

 

                  Il existe aussi une Géographie Universelle valable

La Géographie Universelle, c'est la dernière encyclopédie de la géographie en français. Elle a 20 ans, elle a 10 volumes, elle a 20 auteurs prestigieux, elle a 5000 pages, elle fait 20 kilos. Lorsque les éditions Belin, sous l’impulsion de Roger Brunet et du GIP Reclus entament son édition, ils s’inscrivent dans le droit fil d’une géographie régionale du monde qui définit tout simplement la géographie depuis bien avant… Elisé Reclus.

 

mondes_nouveaux

Quels mots nouveaux pour un monde nouveau ? Le premier volume de cette géographie régionale du monde est une exception : signée par Olivier Dolfus, intitulé « Mondes nouveaux » (mais pourquoi donc un pluriel ?) c’est une présentation des concepts qui font la science géographique. Et c’est parce que ce volume zéro de l’encyclopédie se veut a-temporel que sont propos a le plus souffert d’obsolescence. Certes, on s’émerveillera, au fil des pages, de l’exposition d’un système conceptuel aussi complexe que cohérent. En 200 pages, le monde est présenté comme un système-monde, à savoir un réseau d’interactions, c’est l’essentiel du livre. Et c’est le vrai visage du monde moderne. C’est pourquoi les polarités, maillages, gravitation sont parmi les concepts qui ont le mieux résisté au temps. « Mondes nouveaux » nommait les nouveautés du monde du début des années 90, juste avant que l’on appelle ce mouvement la « mondialisation ». Par contre, les géographes ont vite perdu l’habitude de résenter des « chorèmes », des « modèles », des « synapses ». Mais comment pouvait-il en être autrement : la géographie conceptuelle, dès qu’elle s’éloigne du territoire des hommes, s’évapore rapidement. Bien plus solide est donc l’essentiel de l’encyclopédie, puisqu’il dit la terre.

 

Une encyclopédie par pays. Les volumes présentent chacun deux ou 3 grands Etats (Chine-Japon-Corée ; Etats-Unis-Canada) ou une région du monde (Afrique Subsaharienne ; Amérique latine ; Océanie). A l’intérieur de chaque volume, l’auteur s’efforce de présenter d’abord les spécificités de la région étudiée, avant de consacrer, selon l’importance du pays, des chapitres, un chapitre ou des sous-parties. Où que l’on soit, la synthèse se fait à partir des champs de la géographie qui vont de la population aux données naturelles (géomorphologie, climat) en passant par la réalité économique.

De bonnes synthèses. On aboutit souvent à la notion, laissée de côté depuis (mais pourquoi ?) d’organisation de l’espace, forcément faite de centres et de périphéries. L’Enclyclopédie est l’occasion de rappeler les spécificités continentales que l’on a tendnace à oublier de nos jours :  que les territoires américains sont structurés à partir de leurs ports, que les espaces océaniques du Pacifique sont marqués par l’isolement, que les territoires de l’URSS sont extrèmement diversifiés…  Sur ces aboutissements, que rajouter ? L’évolution du monde, depuis 20 ans, n’a que changé ces croquis de sysnthèse dans le détail.

Ce qui mérite d’être mis à jour : les noms des Etats, des régions qui ont pris un tournant depuis, les  chiffres de population ; certains pays ayant été particulièrement transformés, surtout en Asie de l’Est.

 

Chine_Jap_Cor_e

Monde Arabe Indien

Deux volumes parmi les 10 de la GU

Une encyclopédie  visuelle. La qualité du travail géographique se reconnait quand ce qui est décrit ne change quasiment pas. En particulier, les auteurs se risquent à dessiner des cartes et à choisir des images d’illustration dont assez peu sont aujourd’hui dépassées. L’Encyclopédie de la Géographie est donc toujours à lire.

 

            C’est tout pour la géographie du monde ?

Pour connaitre le monde en général, les références données plus haut sont à peu près seules. On peut s’étonner d’une bibliographie aussi restreinte, mais on s’en tient au sujet, la "géographie générale du monde". On remarquera que l’essentiel des références est constitué de géographie régionale (9 volumes sur les 10 de la Géographie Universelle, l’essentiel de Google Earth). En vérité, écrire une géographie générale du monde est impossible… ou plutôt, écrire une géographie générale du monde qui soit objective est voué à l’échec. Il n’y a pas consensus.

Mais pourquoi cette absence de vision commune ? Une évidence tout d’abord, les écoles géographiques sont trop différentes l’une de l’autre. C’est curieux : depuis 40 ans, les géographes (français, mais ceux des autres pays sont tiraillés par les mêmes tensions) ne se sont pas mis d’accord, et après une longue guéguerre des tranchées entre « nouvelle géographie » d’un côté et géographie « classique », «  à plan à tiroirs » de l’autre, ont fini par s’ignorer en poursuivant chacun leur chemin. Au milieu, il reste un champ de bataille abandonné où les thèmes les plus généraux qui sont aussi susceptibles d’être les plus populaires restent en friche : géographie générale du monde, géographie générale de France, le mot « espace », toujours indéfini, comme « géographie » d’ailleurs. Le blog BiblioGéographie Critique émet l’hypothèse que le monde, et à plus grande échelle notre territoire, est une matière tellement chaude, tellement importante que le consensus à son sujet n’est pour l’instant pas possible.

 

cartebataillegéographes

 La vraie géographie, un champ de bataille abandonné ?

 On trouvera donc dans la rubrique « géographie contournable » (en chantier pour le moment) toute une géographie hors-sol, prétendant décrire une ligne générale du monde, un peu à la manière du film d’Eisenstein, de manière utopique et futuriste, où « s’estompent les frontières – entre ville et campagne » (comme il est écrit à la fin du film La ligne Générale, une fois que les économies d’échelle et la technique nous auront apporté le paradis sur terre). Ces ouvrages sont souvent partisans, contradictoires, sans intérêt pour qui cherche à mieux connaitre le monde, mais ils existent car journalistes, éditeurs, animateurs télé et radio ont pourtant besoin d’un « géographe de service », même si le champ de la géographie générale du monde est en friche. On trouve donc souvent au devant de la scène médiatique ces ouvrages que Bibliographie Critique de Géographie juge sans intérêt.

 

                 Mais il existe tout  de même une maigre géographie générale du monde, par thèmes

On trouvera cependant des écrits qui brossent un portrait neutre du monde, mais ils sont thématiques, à l'image de la collection des Atlas Autrement. Il y a bien sûr les éditions régulières de conjoncture : celles-ci peuvent avoir une approche de géoéconomie avec Images Economiques du Monde, ou feu l'Atlaséco. Elles peuvent avoir une approche de géopolitique avec L’Etat du Monde. Elles peuvent enfin avoir une approche de développement, avec le rapport annuel du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).