Agouni-Gueghrane(MISE A JOUR : 25 OCTOBRE 2016)

Vue du haut : Agouni Gueghrane est en Algérie, à 40km de la mer, à 20km à vol d'oiseau de Tizi-Ouzou, qu'on atteint en une heure de route. Belle montagne méditerranéenne, couleurs locales, paysages très verts. Comme presque partout au Maghreb, la population y a fortement augmenté ces 50 dernières années pour atteindre 10 000 habitants dans la commune, c'est-à-dire presque 250 habitants par km2. (Image tirée du site villagekabyle.com)

 

 

 

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Du sol, le paysage est différents : on ressent la densité de population, le peu de perspectives de la jeunesse,  la légèreté des équipements et des structures économiques (photo Panomanio, 2009). Certes, le Maghreb ne se résume pas à ce village ; mais ce village de Kabylie en dit long sur le Maghreb ! 

 

 

 

 

 On a tendance à oublier un peu les fondamentaux du Maghreb, visibles dans le village ci-dessus, puisque l'actualité nous porte sans cesse sur l'accessoire de la géographie. Pourtant ces fondamentaux se trouvent :

+ Dans la Documentation Photographique n°8002 de 1999, écrite par Marc COTE

 

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Une des cartes publiées dans ce numéro intitulé simplement "Le Maghreb"

 

 

 

 

 

 

 + Dans le manuel de TROIN, Jean-François (dir.), Le grand Maghreb, Colin U, 380p, 2006 (Libye et Mauritanie compris). L'ouvrage est plus fouillé, plus récent, mais moins bien illustré et, c'est notre avis, un peu décousu puisque les différents auteurs ne semblent pas suivre le même fil durant tout l'ouvrage. Précisément, il n'y a qu'un tiers de l'ouvrage qui traite du Maghreb en général (selon un plan géographie physique - population - la ville - l'agriculture et la dépendance alimentaire). Les autres pages sont consacrées aux 5 pays l'un après l'autre. Vers la fin, deux chapitres originaux méritent une attention particulière : celui consacré aux "régions dynamiques en voie d'intégration" par exemple les Ziban (Bas Sahara algérien), passé de la monoproduction dattière au bassin maraicher, ou le Tadla du Maroc caractérisé par sa "réémigration". L'ouvrage finit par un chapitre sur la Kabylie, espace entre repli identitaire et ouverture.

Grand Maghreb

 

 

 

 

 

 

 

 On peut aussi entrer dans le sujet par un livre qui n'est pas seulement géographique, à savoir "99 questions sur le Maghreb"

 

99qAOUAD-BADOUAL, Rita, Scéren, CRDP Montpellier, 223p, 2006.

Une fois passées les questions d'histoire, l'auteur entre par des angles originaux : "qu'est-ce qu'une médina ?" "quel est le poids de l'armée ?" "y a-t-il des bidonvilles ?" "le Maghreb est-il surpeuplé ?" "les pays du Maghreb sont-ils démocratiques ?" "quels sont les liens entre Maghreb et Afrique Sub-Saharienne ?", etc.

 

 

Et c'est déjà tout ! Pour les généralités sur le Maghreb, nous choisissons de nous arrêter là.

 

        Algérie

Forcément, les thèmes sont d'abord les monographies sur les pays.

Cité plus haut, Marc COTE avait déjà écrit  L’Algérie ou l’espace retourné, 350p, 1992

Algérie COTEPour l'auteur, l'espace est "retourné" car il est passé d'un fonctionnement continental, traditionnel, à un fonctionnement tourné vers la mer et branché sur l'étranger, essentiellement depuis la colonisation.

 

 

 

 

 

Algérie prLa revue Questions Internationales a sorti, en 2016, son numéro 81 consacré à l'Algérie. Ne vous fiez pas trop au sous-titre "puissance régionale" : la revue n'insiste pas trop sur le sujet mais par contre offre à l'observateur des coups de projecteurs sur la situation d'un pays si proche, mais si loin... bien sûr le géographe devra trier entre les articles de géographie et d'histoire (même si l'article de Gilbert MEYNIER sur l'histoire du pays est lumineux). Mais au final, on y retrouvera les données attendues sur la situation de l'économie du pays (par Johanna GAUTIER) avec notamment l'émergence des fameux "oligarques" algériens comme Ali Haddad, Issad Rebrab. On trouvera dans ce numéro de précieux encadrés faisant le point sur la démographie, sur les hydrocarbures bien sûr, et sur l'émigration algérienne en France (grâce à la très synthétique contribution de Farida SOUIAH). L'article qui s'approche le plus du sous-titre "puissance régionale" est l'entretien avec Denis BAUCHARD (en seulement 6 p, hélas)

Un autre bon ouvrage de géographie sur l'Algérie est bien difficile à trouver. On reste toujours aussi pantois devant le fossé entre la faiblesse de l'édition en géographie sur l'Algérie et l'avalanche bibliographique concernant l'histoire, surtout en français. Rien que pour l'histoire de la guerre d'Algérie, il doit y avoir 100 fois plus d'ouvrages que sur la géographie du pays.

 

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Publications d'histoire, publications de géographie sur l'Algérie : deux aspects aussi déséquilibrés que la balance commerciale algérienne !

(Dessin publié par Islem en 2012)

 

 

... et comme pour illustrer ce déséquilibre, le numéro 1559 de la revue "La Géographie - Terre des Hommes" consacrée à l'Algérie est aux 3 quarts consacrée à de l'histoire de l'Algérie. On devra s'y satisfaire d'une interview de Marc COTE donnant quelques idées très générales sur l'état de la société algérienne, ainsi qu'une promenade intéressante dans la région de Mascara. Voir aussi le message "Marre de l'histoire en géo !"

 

 

      Maroc

Pour le Maroc, Bibliographie Critique de Géographie a été séduit par la précision de TROIN, Jean-François, Maroc. Régions, pays, territoires. C'est une approche de type centre-périphérie (en commencant par le centre : n°1 le corridor urbain, et en finissant par les périphéries : n°20 les provinces sahariennes) mais avec une connaissance si fine et si passionnée du pays qu'elle devient contagieuse au fil des pages.

Maroc Troin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lacroix

LACROIX, Thomas, Les réseaux marocains du développement, 300p, thèse, 2005

Cette publication sous-titrée "Géographie du transnational et politiques du territorial" a ouvert un nouveau champ de la recherche géographique. Enfin une vraie géographie d'un réseau, ou plutôt d'un lien fort entre territoires. Enfin une géographie de la mondialisation vue de terre. Après Thomas LACROIX, bien des chercheurs ont creusé ce sillon.

 

 

Nomades

...C'est pourquoi nous nous risquons à évoquer ici un géographe qui s'ignore, à savoir le sociologue Alain TARRIUS. Sa "Mondialisation par le bas - Les nouveaux nomades de l'économie souterraine" (2002) est une enquète passionnante sur les flux de commerce plus ou moins légaux qui s'étirent de la France au Maghreb. Il ne lui manque que quelques cartes pour en faire une oeuvre géographique aboutie... même si, il faut bien le reconnaitre, l'ouvrage est un peu confus et s'apparente parfois à une suite d'articles.

 

 

 

 

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Toujours sur le registre du livre indispensable même s'il ne montre qu'un angle de la réalité, on ne se passera pas des paragraphes d'Alain LABROUSSE consacrés au trafic du kiff dans le nord du Maroc. Ses impacts sur le territoire sont évoqués. Lumineux comme tous les travaux de cet auteur !

Son Que Sais-Je "Géopolitique des Drogues" (PUF) a été des maintes fois réédité.

 

 

 

            Tunisie

 Pour la Tunisie, pas de monographie intéressante sur les radars de Bibliographie Critique de Géographie !

C'est fréquent : un pays entier, et pas une seule étude de géographie sérieuse sur le sujet. Pour survivre, le géographe doit donc bricoler à la manière de ce que nous avons proposé dans notre page de blog sur Madagascar. Pour mémoire, cette page propose un kit de survie pour géographe perdu dans un territoire sans monographie. Ce "kit de survie du géographe" est comparable d'un pays à l'autre. Il s'agit donc, pragmatiquement :

1-De glaner des généralités sur le pays, sur les cartes papier ou SIG, Atlas, fiches Wikipedia malgré leur insuffisance, et même parties "géographiques" de guides touristiques, sans oublier les pages consacrées au pays dans la Géographie Universelle (numéro 6, 1994)

2-De s'informer sur la population, que l'on trouvera sur d'autres sites et dans d'autres types de revues. Sans confondre celle-ci avec l'approche ethnique ! (par exemple ici)

3-De se plonger dans la géoéconomie, qui présente l'intérêt d'être en général mieux documentée que la population (ce qui doit nous poser des questions sur nous-mêmes, mais bon, ceci est hors-sujet). Francophones, nous serons rassurés par le fait qu'Images Economiques du Monde (voir la page géoéconomie : la mondialisation) nous fournisse rapidement les indicateurs statistiques auxquels nous sommes habitués ; il en va de même pour les missions économiques des Ambassades de France, "diffusées" par Ubifrance (qui s'appelle désormais "business France")

Justement : sur la Tunisie les pages de la Mission Economique de l'Ambassade de France à Tunis, consultées  en 2011 nous apprenaient, que la Tunisie est plutôt une anomalie parmi ses voisins. En effet, rien que par comparaison avec le voisin algérien, qui est pourtant plus riche, l'IDH tunisien, de 0,75 est supérieur à celui de l'Algérie. Au plan de l'espérance de vie, les Tunisiens vivent 2 ans de plus que les Algériens ! En Tunisie, il y a une classe moyenne et un marché intérieur qui a sa dynamique propre. 

Ce résultat est obtenu par 2 politiques volontaristes : éducation (1er budget de l’Etat), et santé (sécurité sociale mise en place en 2007 définitivement, qui couvre plus de 90% de la population. Cependant, la participation des familles reste importante, et le secteur des cliniques privés (10% des soins, 40% des personnels) est aidé pour empêcher les gens de s’expatrier et pour attirer le tourisme de santé. Rien que pour la  thalassothérapie, la Tunisie est la 2ème destination mondiale derrière la France. 

L'olive est un secteur traditionnel mais il rapporte peu et n’arrive pas à montrer en gamme car il est très souvent exporté en vrac

Le tourisme tunisien c'est 7 millions d’entrées par an avant la révolution, 3milliards $ de recettes MAIS c’est un secteur qui s’essouffle car il est seulement balnéaire et pas cher. L'objectif suivi est la diversification (golf, thalasso, désert…). L'origine des touristes est révélatrice : 1 million de Français /1 million d'Algériens /seulement 400 000 Italiens.

Résultat, la balance commerciale est seulement légèrement déficitaire depuis quelques décennies. Cependant, la balance des échanges « off shore » est positive (textile, centres d’appels…) [le texte en italique n'est pas une citation mais un compte-rendu]

Pour en finir avec ce "kit de survie du géographe", ne pas oublier

4-Une connaissance de la vie politique, et là l'abondance des documents d'histoire sur le sujet vous secourera

5-Des notions d'ethnographie

6-Ne pas ignorer les spécificités de la géographie urbaine tunisienne

 

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Une vue de Tunis prise sur le site de l'encyclopédie Larousse en ligne. Bon, cette photo n'est pas commentée puisque nous n'avons même pas repéré dans quel quartier de Tunis elle a été prise. La date n'est pas donnée, mais il s'agissait d'évoquer l'encyclopédie Larousse en ligne et de prendre conscience qu'il n'y a pas que Wikipédia, dans la vie.

7-Ainsi que, bien sûr, la géographie physique (et oui !). On s'intéressera par exemple à la problématique de l'érosion de la montagne marocaine en écoutant cette émission Planète Terre de France Culture.

Malgré le vide bibliographique, Bibliographie Critique de Géographie ne vous laisse pas sec sur la Tunisie.
On vous montre même une belle image du pays : 

ChenniVoici donc une vue de Chenini, village d'origine troglodyte, étape dans le désert du Sud tunisien, à 20km à l'Ouest de Tataouine. Le village est sur le plus haut col de la piste qui relie Tataouine à Ksar Ghilane.  Sur cette piste donc, visible en bas à gauche, Chenini, et ses 500 habitants environ, est accrochée au dessus d'une petite résurgence qui fait un petit oued. Seuls 2 végétaux, qui poussent dedans sont visibles sur l'image (photo panoramio)

 

 

 

 

 

Plus loin sur la route, le prochain point de vie est à 80km à l'ouest, il s'agit de Ksar Ghilane est , une vraie oasis avec de l'eau claire, des palmiers, etc animée par quelques touristes et quelques militaires, et quelques chercheurs de pétrole, et quelques administrateurs de passage.

          Thèmes

Eau et hommes au Maghreb

PERENNES, Jean-Jacques, L’eau et les hommes au Maghreb, thèse, Karthala, 650p, 1993

Un livre long à lire. Oui, c'est technique. Oui, c'est un peu vieilli. Mais qu'est-ce que cet ouvrage nous ouvre à l'univers de la gestion de l'eau maghrébine !

 

 

 

 

 

 

PLIEZUne petite disgression enfin, ou une demi-disgression plutôt, puisque la thématique est formidable. Olivier PLIEZ, dans son ouvrage Villes du Sahara, 2003, nous rappelle que le Sahara est peuplé à 90% d’urbains ! (par exemple Tamanrasset fait 200 000 habitants) Le grand commerce transsaharien a périclité depuis la colonisation, mais la population y reste dans des villes carrefour, des villes stratégiques… il y a même un renouveau agricole dans ces villes (dans un contexte d'épuisement rapide de la ressource en eau, ce qui est un petit miracle !). Il y a 5 millions d’habitants dans le Sahara. Il n’y a que 20% de la surface du Sahara qui est sableuse ! 80% du Sahara est caillouteux ou rocheux (le fameux Reg). La disgression vient du fait que malgré son titre général, l'ouvrage traite des villes d'une partie de la Lybie.