Oh qu'il est difficile de cerner ce sujet tant il est vaste !

Le "développement durable", ce sujet inventé à la fin des années 80 pour préparer le sommet de la terre de Rio en 1991, renvoie à plusieurs sens combinés, au moins 4, qui sont si différents qu'on est tentés de les traiter séparément. Pour rappel, le développement durable c'est le développement + l'amélioration de la richesse + l'amélioration sociale + préservation de l'environnement.

Mais ces 4 notions sont si difficiles à combiner qu'il faut au moins 20 lignes pour les présenter. Bien entendu, chacune de ces conditions est nécessaire ! Alors comme ici c'est une bibliographie, on parle tout de suite des livres. Pour les 20 lignes de bla bla, voir la fin de cette page de blog.

   Quatre synthèses (oui quatre, pas plus)

Brunel qsj

Il faut commencer par ce que nous estimons être la meilleure vulgarisation sur le sujet, écrite par Sylvie BRUNEL pour la collection Que Sais-Je ? des PUF, en 128 pages (2012). On y apprend d'où vient ce concept ; l'auteur insiste sur le développement, au point qu'on finit par se dire que l'adjectif "durable" n'est pas forcément indispensable, si on fait un vrai "développement"... Par son style toujours aussi clair et son verbe limpide, le petit opuscule de Sylvie BRUNEL vous dispensera de la lecture de ce genre d'approche économiste du développement durable, trop historique aussi, assez imbuvable pour le commun des géographes, pauvres mortels qui aiment bien qu'on leur parle de concret. Par contre, et si vous voulez une bonne première approche encore plus courte pour apprenti-géographe qui n'a que 5 minutes, vous pouvez consulter cet article de GRANIER (spécialisé dans la géographie des risques), écrite pour Historiens et Géographes.

 

 

 

Mancebo Colin U

L'ouvrage le plus complet sur la question est celui de MANCEBO, François, en 320 pages. (2007, mais l'image est celle de la réédition de 2010). C'est passionnant ; mais alors accrochez-vous, parce que forcément, ce sont 320 pages assez abstraites. Après avoir rappelé la dérive du concept depuis Rio, l'auteur explore les différents aspects du concept. Et il y en a ! l'exploitation du conept de durabilité par les entreprises, la difficile adaptation de la méthode aux différentes sociétés humaines... Ce livre vous tient en haleine parce qu'il fait plonger régulièrement dans des cas thématiques (sur l'urbanisation du monde, par exemple, vers la fin du livre), ou dans des cas régionaux (sur l'Europe par exemple... un peu trop sur ce continent d'ailleurs). Il faut bien le reconnaitre, le tout laisse un sentiment un peu amer au lecteur. En effet, le fossé entre les intentions et les actes est bien plus important ici que pour bien d'autres thèmes de géographie.

 

 

HG 387

Chaque revue de géographie a fait son numéro spécial sur le développement durable, bien sûr. Mais celle qui a publié le dossier le plus complet sur le sujet est Historiens et Géographes, dans un numéro un peu daté maintenant, puisqu'il est de 2004. Mais les articles sont toujours aussi pertinents, les auteurs variés : Yvette VEYRET, décidément incontournable sur le sujet, Alain MIOSSEC, Roland POURTIER sur les pays pauvres, François MANCEBO, Jean-Paul CHARVET et Jean-Paul DIRY, pour ne citer qu'eux. (Historiens et Géographes n°387, juillet 2004)

PERIN et alii

En contrepoint de cette synthèse un peu datée maintenant, on ne peut pas trouver plus récent que la synthèse sortie en 2015 chez Nathan, collection "repères pratiques" en 190 pages. Les auteurs sont Nicolas PERIN, Arnaud BERGER , Christian de PERTHUIS.

 

 

 

 

     Deux ouvrages qui explorent les différents aspects du développement durable

10 défisPour nous, l'ouvrage récent et le plus intéressant qui présente les différents thèmes est celui qui est dirigé par  DUBRESSON, Alain, et VEYRET, Yvette, 10 défis pour la planète, Autrement, 2012, 158p. L'approche est cohérente, chaque chapitre est écrit par un spécialiste qui apporte des cartes en couleur. C'est synthétique, clair, compréhensible, pédagogique, même si les 2 derniers thèmes sont contestables (alors qu'il n'y a rien sur les risques par exemple). Alors cela mérite certainement qu'on en détaille ici le contenu. Les 10 défis pour la planète sont donc :

1-"Vertige démographique, le retour des grandes peurs ?" par Gérard-François DUMONT

2-"Faut-il contrôler le changement climatique ou s'y adapter ?" par Pierre CARREGA et Yvette VEYRET

3-"Faut-il préserver la ressource biodiversité ?" par Richard LAGANIER et Laurent SIMON

4-"Comment partager et gérer l'eau ?" par Thierry RUF

5-"Peut-on nourrir l'humanité ?" par Jean-Louis CHALEARD

6-"Qui gouverne la santé du monde ?" par Jeanne-Marie AMAT-ROZE et Alain VAGUET

7-"Des villes vivables ?" par Renaud LE GOIX et Jean-Luc PIERNAY

8-"Les transports, entre développement (non) durable et (dé)structuration territoriale ?" par Jean VARLET et Pierre ZEMBRI

9-"La Chine, quelle place dans le nouvel ordre mondial ?" par Thierry SANJUAN

10-"Pourquoi la justice spatiale ?" par Fréderic DUFAUX, Philippe GERVAIS-LAMBONY et Sophie MOREAU

 

Atlas des dvp durables

Les éditions Autrement ont tenté de faire écrire un Atlas sur le sujet. Mais voilà : au cas où on ne serait pas encore convaincu de la chose, le développement durable est très peu cartographiable. Le résultat est donc à notre goût un peu décevant, en ce sens que c'est un catalogue d'exemples ponctuels, très localisés. On se doute au fil des pages qu'un "parc national" ne veut pas dire la même chose aux Etats-Unis, en Afrique du Sud ou à Madagascar. Cela donne une impression d'approximation, qu'il était très difficile d'éviter. L'ouvrage est dirigé par Yvette VEYRET, Paul ARNOULD (2008)

 

 

    20 lignes de bla bla

Les 20 lignes de bla bla sur le développement durable, les voici. Elles sont indispensables, car la notion de développement durable est une notion complexe composée de plusieurs notions elles-mêmes gigognes, un peu comme des poupées russes.

1-la notion de développement (sans adjectif) n'est pas née chez les géographes. Elle a un sens sociologique que nous avons rappellé dans ce billet de blog, qui contient la meilleure définition à nos yeux (celle de Philippe HUGON), et qui contient aussi la définition la plus simple, à savoir celle du PNUD : c'est « l’élargissement du choix des gens d’avoir une meilleure santé, d’être éduqué, d’avoir un niveau de vie décent »

2-le développement renvoit lui-même à un enrichissement. Toute la géoéconomie est donc dans le champ du développement durable. 

3-il comporte aussi le thème de l'amélioration sociale... mais c'est quoi, de l'"amélioration sociale" ? c'est d'abord la santé (progrès de l'espérance de vie), c'est aussi la réduction des inégalités, y compris entre hommes et femmes, et cette réduction d'inégalités est la clé de voûte de tous les bienfaits auxquels la population bénéficie parce que grâce à elle, chacun participe (met en oeuvre ses "capabilités"), les souffrances individuelles sont réduites, les gens utilisent leur liberté et en ressentent le sentiment. Pour cela, l'éducation doit être poussée.

4-ce développement intègre la préservation du milieu terrestre, qu'on appelle maintenant environnement. C'est cette préservation qui permet au développement d'être "durable", "soutenable" (on dit "sustainable" en anglais). Cette notion de "préservation" est floue : pour le faire doit-on s'enfermer dans une bulle humaine de manière à ne rien toucher de la nature sauvage (c'est la tendance "écologie profonde", c'est aussi la tendance "durabilité forte") ? ou au contraire, peut-on encore exploiter des ressources non renouvelables (c'est la notion de "durabilité faible"), en se disant que plus tard on trouvera bien de nouvelles techniques et de nouvelles ressources.

Donc non seulement chacune de ces 4 notions n'est pas très précise ; mais en plus pour qu'il y ait développement durable, les 4 aspects doivent impérativement être présents. Bref, la notion est assez vaste pour que tout puisse y être justifié, même l'ouverture de nouvelles mines de charbon, l'exploitation esclavagiste de certaines populations du tiers monde, les guerres... nous déplorions déjà le greenwashing, trop facile, dans le billet de blog sur le Sud en général.