photo du cabinet d'architectes TetrarcComprendre la géographie des villes en France est aussi rebutant que d’entrer dans une ville par une route nationale pénétrante, qui traverse les paysages « moches » de zones commerciales. Heureusement, pour les entrées de ville, les aménageurs tentent de faire quelque chose (ici la fameuse route de Vannes à Nantes). Mais par contre, pour l'entrée "ville" en géographie, les géographes ne vous simplifient pas la vie.

Ils sont en effet bien mal barrés, les gens ordinaires qui se tournent vers la géographie pour y voir un peu plus clair sur les villes en France. Ils se disent que le mot-clé géographie les aidera à connaitre les capacités des villes (leur potentiel productif, les fonctions urbaines), leurs tailles (hiérarchie urbaine), pour savoir si elles polluent (ville "durable" ou "insoutenable" ?), pour en voir les différents paysages, et comment les gens l’utilisent (c’est l’urbanité)… mais patatras, ceux qui se tournent vers la géographie publiée ont toutes les chances de ne pas y voir plus clair du tout. Il nous semble évident que si la complexité règne ici, c’est pour 2 raisons.

-La bonne raison, c’est que le sujet est foisonnant, une foule de géographes sont dessus. C'est pourquoi nous n'abordons pas en un seul billet toutes les villes du monde. Il y a celui-ci sur les villes en France, il y en aura un autre sur les villes à l'échelle du monde.

-La mauvaise raison est qu’une partie des publications sur la ville en France sont mal centrées sur la géographie : elles négligent voire oublient les aspects sociaux et environnementaux, elles survalorisent la centralité, confondent parfois le présent et la prospective, ou le présent et le mythe (celui de la « ville durable » par exemple : aucune ville n’est durable, et pourtant on en parle partout !) ; il s’agit surtout des publications où il y a « mondialisation » dans les titres ou l’introduction. Comme dans les autres billets de Bibliographie Critique de Géographie, nous allons présenter quelques références clé qui permettent d’éclairer chaque aspect.

 

Les villes en France ou la France en villes ? Les manuels sur le sujet

 

Commencons par faire un sort aux manuels sortis en 2010 qui s'intitulent tous "La France en villes" Ils reprennent une question de concours... qui n'est pas neutre, puisque sa formulation suggère que la France pourrait n'être que de la ville. Leurs thèmes sont les mêmes, mais avec des nuances qui dépassent parfois la contradiction. Il s'agit de :

 

Manu Bréal

 

DELPIROU, Aurélien, DUBUCS, Hadrien, STECK, Jean-Fabien, chez Bréal (190p). C'est certainement son petit format et sa légèreté qui l'a rendu si populaire, parce que le contenu est très théorique : celui qui connait déjà les problématiques y verra logiquement un monument de synthèse. Celui qui n'y connait pas grand chose ne devrait logiquement rien y comprendre, sauf à multiplier les aller-retour avec les cartes, les exemples régionaux.

 

 

 

 

 

PAQUOT ClésLa collection "Clés Concours" d'Atlande est souvent bonne en géographie. Ici, elle réussit à faire écrire un collectif avec de grandes plumes comme Paul CLAVAL, Hervé VIEILLARD-BARON, Denise PUMAIN, Laurent DAVESIES, entre autres. De plus les 223p sont agrémentées de nombreux croquis. Mais malgré tout l'impression de contradiction est fréquente, et c'est peut-être dû justement à ces grandes plumes de la géographie. Allez, même si Bibliographie critique de géographie n'a pas grand chose à reprocher à ce volume, on va tout de même se laisser aller à une pointe de critique en orientant vers ce commentaire laissé à son sujet sur un site de vente en ligne...

 

 

 

DUMONT etc

DUMONT, Gérard-François, est vraiment un bon connaisseur des villes de France, ne serait-ce que par sa revue Population et Avenir, dont nous parlons ici. Mais il n'écrit pas seul ce manuel de 352p.

 

 

 

 

Les manuels sur la ville en France ont un point commun : la difficulté de définir leur sujet. Ca rend la lecture indigeste. C'est pourquoi nous donnons ici une recette pour en avaler un, celui de chez A. Colin  :

 

Recette pour réussir à avaler un manuel de géographie urbaine

 

Vanier etcCAILLY, Laurent, et VANIER, Martin, La France une géographie urbaine, Colin U, 2010, 364p. Avec sa trentaine d’auteurs, il n'oublie aucun aspect, c'est pourquoi nous le mettons en évidence, c'est sans peur de la contradiction et sans ambition de synthèse (mais nous avons déjà dit qu’à notre humble avis, si aucune méthode de géographie ne fait consensus, c’est pour des raisons politiques). Les quatre premiers chapitres sont à eux seuls destinés à donner des définitions, ils sont écrits par 4 auteurs qui à l’évidence ne parlent pas tout à fait le même langage. Puis les autres chapitres sont des thèmes plus simples à comprendre. Il est évident que pour avaler cela, il faudra le saupoudrer de plein de petites visites du site de l’INSEE, de la base des ZUS du ministère de la ville (par exemple pour localiser la ZUS la plus proche de vous, vous allez en apprendre de bonnes à son sujet), du géoportail (dont la nouvelle version est excellente). Rajoutez des photos de temps en temps, et vous décoderez peu à peu le jargon. Surtout, comme pour avaler du phacochère, il vous faudra bien mâcher : c'est-à-dire toujours garder en tête que les différentes approches, définitions sont à la fois toutes valables et toutes à relativiser. Car ceux qui écrivent (ce livre comme d’autres) n’ont décidément pas capté qu’on ne peut pas comprendre une notion avec plusieurs définitions.

Pour présenter le problème rien de tel que de partir d'un paysage :

saint_pierre_bourg

Une vue de "l'aire urbaine de Clermont-Ferrand". Saint Pierre Roche a une densité de 25 hab/km2,  422 habitants. On est ici à 28 km à l'Ouest de Clermont (bien au delà du Puy de Dôme et du puy-Pariou-de-la-bouteille-d'eau-Volvic, visibles au fond). On peine bien à voir ici un paysage de ville (ce que suggère la catégorie "aire urbaine"), et on peut parier que les habitants, même si ce sont les 83 actifs travaillant dans l'agglomération (pardon... "unité urbaine") de Clermont, n'ont pas l'impression de vivre en ville. --> Le cœur du problème est que la définition de la ville dérive indéfiniement.

En effet, à la lecture du livre de VANIER et CAILLY, vous vous demandez vite que faire de votre bon vieux critère commune rurale / urbaine à plus ou moins 2000 habitants…  ne l’oubliez pas, il vous sera utile, notament pour comprendre cet énorme paradoxe : malgré tous les discours sur la métropolisation triomphante et incontournable, l’espace le plus dynamique est l’espace rural (comme l’a rappelé Hervé LEBRAS dans ses 4 mystères de la population française) Il vous sera aussi utile pour comprendre 85% des gens quand ils disent « ça c’est la campagne », « ça c’est la ville » (le chiffre vient de PAULET, Jean-Pierre, Villes et systèmes urbains en France, Colin U, 2010). Même si vous avez compris que désormais il est indispensable de raisonner en termes d’aires urbaines, vous tomberez dès la p 27 sur le tableau des agglomérations. Rassurez-vous. Vous n’êtes pas seul. Vous êtes comme tout le monde, déjà, sur l’os de la multiplicité des définitions des villes. Comment s’en sortir ?

Ce problème de définition vient de ce que l’INSEE change trop souvent son vocabulaire. Avec en plus cette fâcheuse tendance à supprimer le vocabulaire précédent.  Elle est certainement trop pressée par ceux qui la financent de faire moderne. Du coup, à peine a-t-on compris la notion d’aire urbaine (chaque manuel a une présentation mais celle de  wikipedia nous semble la plus claire), que les aires urbaines sont déjà quasiment toutes revues. Pire, le rural disparait du vocabulaire en 2012 ! ... Mais pourquoi donc avoir commis ce « meurtre géographique » ou cet « assassinat rural » ? Samuel DEPRAZ fait le point de manière remarquable sur ce crime dans ce Café Géographique . En effet, le discours qui consiste à dire que l’urbanisation est « absolue » en France, que les campagnes ne sont que des espaces « infra-urbains » ou « hypo-urbains » (cf chapitre 3), sont des essais, des manières de voir, qui sont en débat. L’INSEE a non seulement adopté ce vocabulaire trop vite, mais en plus bidouille ses statistiques (par exemple en allongeant la distance entre deux batisses qui font "unité", "agglomération"... pour rendre plus légitime l’idée d’une France entièrement urbaine, d’une « France en villes » pour reprendre le sujet de concours… qui se retrouve, trop vite aussi, être un thème d’enseignement du lycée général.

Nous pensons vraiment que le vocabulaire de la géographie a besoin de continuer à particulariser la ville : par conséquent il faut raisonner avec les mots qui correspondent le mieux à la réalité et à ce qui s’écrit sur la ville en géographie, c’est-à-dire qu'une ville est d'abord une unité urbaine (=agglomération), et que le périurbain est plus une campagne. La campagne, elle, mérite encore un traitement à part, c'est une évidence lorsqu'on intègre à la géographie le développement durable . Et nous nous permettrons même d’écrire prochainement une page de blog sur les espaces ruraux ! L’avantage de cette approche est d’abord de laisser leurs spécificités et leur potentiel aux espaces ruraux, mais aussi de faire plus facilement le point sur les thèmes que sont l’urbanité, le dynamisme et l’attractivité, l'aménagement, et le tryptique centre-ville, banlieues et espace périurbain. Les auteurs du manuel de CAILLY et VANIER ne s'y sont pas trompés, eux qui finalement font des chapitres sur chacun de ces sujets -dans une certaine cacophonie il faut bien le dire- obligeant le lecteur à prendre beaucoup de recul et de migraines avant de comprendre. Pour chacun de ces thèmes, voici quelques clés. Nous quittons maintenant le manuel Colin de CAILLY et VANIER pour explorer les thèmes essentiels, mais qu'on ne s'y trompe pas, ces thèmes figurent dans le manuel, au rythme d'un par chapitre.

Dynamisme, attractivité des villes... ou étalement ? 

C'est un aspect incontournable, puisque les décideurs ont les yeux rivés sur le dynamisme des villes. Faut-il le rappeller ? en géographie, "dynamisme" renvoie d'abord à la croissance démographique, puis (mais après seulement) à la croissance économique. L'attractivité elle est une notion proche mais qui mérite d'être critiquée (on peut être attractif pour de mauvaises raisons). Sur ce sujet mouvant, logiquement, pas de livre mais des sites Internet et des revues essentiellement.

L'INSEE est bien sûr la grande pourvoyeuse d'informations brutes sur le sujet, ce que les connaisseurs appellent la base des populations légales, mais pas seulement. Plus d'une fois par semaine en effet, elle met en ligne ses "Insee première" (4 pages gratuites en format pdf ici),  et plutôt mensuellement ses "Notes et Conjonctures". Mais attention, le sujet n'est pas seulement la ville, loin de là. Pour des informations plus accessibles, il faut reconnaitre que les classements de ville les plus accessibles sont du côté de wikipédia (comme par exemple cette page déjà citée montrant le classement des aires urbaines françaises, qui comme tout classement mérite d'être critiqué)

La Revue dont les auteurs ont le plus les yeux rivés sur les dynamismes urbains en France est bien Population et Avenir. Prenons 3 exemples dans les numéros réçents : le no 730 de décembre 2016 ouvre 5 pages à ZANINETTI, Jean-Marc et de manière un peu technique certes, pour qu'il fasse le point sur l'attractivité des villes (en termes d'emplois). S'il titre "Paris en recul", ce recul n'est que relatif. Par contre, Genève, Bayonne, Montpellier attirent les emplois... et le regard du géographe. Dans le numéro 709 de septembre 2012, Patrick TANGUY fait le point sur l'attractivité des métropoles régionales. Le numéro 702 de mars 2011 met en évidence 54 communes très dynamiques dites "boomburbs". Bref à y regarder de près, on réalise que la croissance urbaine est très contrastée.

…car les villes françaises grandissent-elles vraiment ? Les villes centre qui sont les communes éponymes des unités urbaines ou aires urbaines ont une fâcheuse tendance à perdre des habitants sur les 50 dernières années. Et pas qu'un peu : la commune de Nancy, par exemple est de plus en plus peuplée depuis une dizaine d'années, pour atteindre aujourd'hui son niveau de ... 1904. Le taux d'urbanisation de la France ? depuis 40 ans, il est passé de 75 à 77%. Y a-t-il donc vraiment une croissance urbaine ? Pour arriver aux 83% de Français habitant les aires urbaines, il faut "annexer" aux villes les maintenant fameuses couronnes périurbaines (comme la petite Saint Pierre Roche vue plus haut). Résultat, il faut prendre conscience que la réalité de la croissance urbaine est surtout un étalement, résultat d'une mobilité accrue. Les manuels de géographie sus-cités ayant pour sujet les villes ont à notre avis trop tendance à négliger cela, ou à l'oublier.

Les-transports-en-France_FREMONTC'est pourquoi  il fut regarder un peu de côté, avec par exemple cette documentation photographique d'Antoine Frémont sur les transports en France, en 2008, qui précise que les Français font en moyenne 43km par jour, contre 11km vers 1960.

Pour regarder un peu de côté, on peut aussi se plonger dans les excellents écrits du géographe suisse Vincent KAUFMANN, en particulier ses Paradoxes de la mobilité. Bouger, s'enraciner, 2008, 115p.

Paradoxes mobilité

Même si le mot ville n'est pas dans le titre, et que l'auteur a une approche sociologique, il ne lui manque que les cartes pour y accrocher ses excellentes réflexions (un petit pas qu'il franchit dans sa bande dessinée scientifique Tranches de vie mobiles, 2014). Dans ses Paradoxes de la mobilité, l'auteur distingue classiquement mobilité choisie et subie, avec le clivage social qui le recouvre ; il précise que le temps passé dans les transports augmente lui aussi, d'une minute de plus par an depuis une quarantaine d'années (ah si nous remettions la main sur ce livre nous pourrions préciser s'il évoque alors une statistique française ou suisse). Il nous dit, enquètes et témoignages à l'appui si la mobilité rend libre ou pas, il montre bien l'impact des déplacements sur la morphologie urbaine. "Les parcours les plus libres sont souvent les plus lents et les plus proches" nous convainct l'auteur. Voilà qui nous amène à mieux comprendre le fonctionnement de la ville.

Le ressort principal de la croissance urbaine est donc la mobilité. Mais cette croissance n'est pas générale, c'est pourquoi il faut aussi se pencher sur les "villes qui rétrécissent". Quelle angoisse que ce rétrécissement depuis que Michel Sardou l'a chanté ! Même si l'expression vient des Etats-Unis (avec les shinking cities comme Detroit qui ont valeur d'archétype), et que le spectacle de la brutale transformation de la RDA dans les années 90 et 2000 a donné des exemples de Stadtshrumpfung, des villes françaises comme Roubaix sont concernées. Sur ce thème, pas de grandes synthèses mais cet article de Daniel FLORENTIN pour le site Géoconfluences présente brièvement la notion. La carte de Leipzig qu'il produit montre bien que l'étalement urbain peut donner l'illusion du dynamisme urbain. En réalité, en France comme à Leipzig il y a un rapide desserrement urbain (baisse des densités, moins d'habitants par logement, remplacement des interstices agricoles par des friches). Tout cela n'est pas sans nous projetter vers la limite extérieure de la ville et donc du périurbain. Mais avant d'aller si loin il faut d'abord réfléchir à ce qui fait le pouvoir de la ville, sa centralité

 

            Les espaces centraux des villes, la centralité

 

Tour de FIl y a longtemps, très longtemps dans un pays lointain, les écoliers apprenaient les villes, non par leur classement du nombre d'habitants comme on fait de nos jours, mais surtout en distinguant les pouvoirs qui leurs étaient attribués : préfectures, sous-préfectures, centres de production industrielle, pôles touristiques... c'est que la centralité, les pouvoirs d'une ville étaient déjà importants. De nos jours c'est avec beaucoup plus d'anxiété que l'on compte les "emplois métropolitains" d'une ville, le nombre de ses sièges sociaux. Les magazines aussi s'y sont mis, eux qui publient régulièrement des classements qui sont autant de fenêtres sur la notion d'attractivité des villes (même si ces classements sont toujours soit fantaisistes, soit très subjectifs).

 

 

CarrouéPour trouver une synthèse qui ne corrompt pas les termes géographiques du sujet, on pourrait se référer à l'ouvrage de Laurent CARROUE intitulé Les mutations des systèmes productifs (2013, 235p, et même si cette image est au singulier). Celui-ci présente bien les outils de classement (c'est le chapitre 3 du livre) avec des focus sur La Défense, sur le poids des villes dans leurs régions ("produit urbain brut"). On appréciera les changements d'échelle puisqu'il présente aussi le poids des villes-centres, il compare avec les autres métropoles européennes (en fait il n'invente pas grand chose : il cite à bon escient les travaux d'autres géographes). On y apprendra par exemple que Toulouse a beau être la ville d'Airbus, la majorité des chercheurs en aéronautique sont à Paris. On y découvrira, mais sans surprise, qu'une bonne part des sièges sociaux des entreprises opérant en France sont à l'étranger. On y trouvera une évaluation assez complète de la place de Paris dans l'économie du pays (son poids politique n'est pas le sujet du livre).

 

Paris

 

L'ouvrage collectif dirigé par Thérèse SAINT JULIEN et Renaud LE GOIX sur La Métropole Parisienne, 2007, 333p, est certainement la meilleure présentation de la centralité de la métropole qui concentre pas moins de 45% des 1,8 millions d'emplois métropolitains supérieurs français

 

 

 

Dans le centre d'une ville plus qu'ailleurs, ce qui fait la force de l'espace est la diversité des relations, des liens possibles. On touche ici à la notion de l’urbanité. Pour LEVY, Jacques, 1994 c'est une « situation productive, mise en coprésence du maximum d’objets sociaux dans une conjoinction de distances minimales » on préfèrera cette première définition à la suivante du même auteur, dans son Dictionnaire de la Géographie et de l'Espace des Sociétés, où le mot urbanité devient… attention, ça déménage : « caractère proprement urbain (modalité contemporaine dominante des réponses possibles apportées par les groupes humains à la question de la séparation et de la distance. Ensemble des géotypes sociétaux caractérisés par le couplage de la densité et de la diversité) d’un espace » (+ 7 pages difficiles à comprendre). Si la notion n'a pas donné d'ouvrages en France, elle est néanmoins très présente dans bien des ouvrages sur la ville et joue un rôle dans la géographie scolaire actuelle à travers la notion d'habiter la ville. Une notion proche, la citadinité, relève plus de la manière de vivre la ville. 

 

FacheLa centralité, c'est aussi plus précisément la connaissance des espaces et des réseaux qui gèrent ou qui pilotent l'inovation culturelle ou industrielle. Qui s'intéresse à cela ? Beaucoup de monde, mais c'est Jacques FACHE qui nous rendra les plus grands services car c'est lui qui éclairera le mieux les notions de pôle de compétitivité (qui est un label administratif), de cluster (qui est un mot venant de l'industrie, mais dont la définition est souvent floue), de technopôle (masculin, c'est un quartier), de technopole (féminin, c'est une ville).  Mais quoi qu'on en dise, que vous lisiez Les territoires de la haute technologie (2002), ou Les mutations industrielles (2006), Jacques FACHE vous éloignera un peu des centre-villes pour vous transporter vers des quartiers périphériques qui comptent des élements de centralité : edge cities, ou comme le propose la vénérable Société de géographie, "villes lisière". Bref : ici, vous êtes encore dans le réseau de la prise de décision mais vous êtes déjà en banlieue.

 

            Les banlieues

 

BoyerA Bibliographie critique de géographie, nous avons fait le tour du sujet grâce à Jean-Claude BOYER dans un ouvrage de 2002. Certes il n'est pas le seul géographe à avoir écrit sur le sujet (citons aussi à son collègue à Paris 8, une faculté de banlieue, Hervé VIEILLARD-BARON). Déjà à l'aube du XXIème siècle cet ouvrage traite essentiellement des banlieues à dominante d'habitation peuplées par des populations pluôt pauvres (les mille quartiers "sensibles" du ministère de la ville). Mais vous n'aurez pas toutes les significations de ZEP, ZUS, ZFU, CUCS, ANRU, ZUP, ZRU, "plan Marshall des banlieues" etc, tant les nouveautés sont nombreuses sur le sujet. Pour combler la lacune, voir le livre de DONZELOT, plus bas.

 

 

Hatzfeld

Pour ce qui est d'une approche plus sociale et culturelle des Zones Urbaines Sensibles, dans lesquelles vivent 10% des Français, on pourra se référer à Marc HARZFELD, La culture des cités, une énergie positive, Autrement, 2006, 105p. L'auteur est sociologue mais à lui aussi, il ne manque que la carte pour parler en géographe. Non seulement son diagnostic est éprouvé par une connaissance fine des réalités, mais il fait un inventaire lucide des actions à mener.

 

 

 

 

KepelIl y a seulement quelques mois, nous n'imaginions pas insérer dans ces références essentielles sur les banlieues l'enquète menée par Gilles KEPEL il y a maintenant 30 ans ! C'est ce qui s'appelle être rattrapé par les faits. Lui non plus n'est pas géographe, mais il éclaire ici un aspect d'un type d'espace en France. Ce livre n'a cessé d'être réédité, mais c'est peut-être son travail intitulé La banlieue de la République, société, politique et religion à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, 2012, 522p, qui parlera le mieux aux géographes.

En fait, pour tout dire, notre Bibliographie Critique de Géographie nous amenait jusque là à présenter un ouvrage de synthèse sur les émeutes des banlieues, de Danielle JOLY et Michel WIEVIORKA (L'émeute, ce que la France peut apprendre du Royaume-Uni, 2007, 336p). Il y a entre l'émeute et la montée de l'islamisme radical un point commun qui est bien une problématique urbaine : c'est la dimension urbaine de la question sociale, qui est à la fois énorme et en perpétuelle transformation. C'est en cela qu'il nous semble que les 2 formes de violences urbaines (émeutes depuis les années 80 et sessession islamiste depuis le tournant du siècle) sont un continuum. C'est pourquoi il ne faut pas passer à autre chose sans avoir cité une référence au sujet de l'action de remédiation, qui se traduit souvent en aménagements, sur ce type de territoires.

 

DONZELOT

L'ouvrage de Jacques DONZELOT (dir.), A quoi sert la Rénovation Urbaine ? PUF, 2012, 232p, présente à la fois les actions et tente d'évaluer leur efficacité. En outre, il comblera nos lacunes sur les politiques de la ville récentes.

 

 

 

 

 

 

jean-pierre

Mais à part Jean-Pierre Pernault et ses spectateurs, qui a dit que la banlieue n'était que les Zones Urbaines Sensibles ?

 

 

 

PINCON CHARLOTIl faut d'abord présenter un livre édifiant sur la ségrégation spatiale. Décidément, ils sont nombreux ces sociologues à qui ne manque que la carte pour avoir une parole de géographe. C'est le cas bien sûr de Bernard PINCON et Monique PINCON-CHARLOT dans leur Ghettos du Gotha (2010, c'est une réédition). Passionnant ! Si vous ne pensez qu'au XVIème et à Neuilly pour illustrer votre catégorie "banlieues riches", les auteurs vous amnèreront vers La Morlaye, Fontainbleau où ils établissent un rapport entre un espace naturel, mais surtout protégé, et vers bien d'autres destinations. Leur récit de la négociation entre collectifs de populations aisées et pouvoirs publics pour obtenir l'enterrement d'autoroutes (sous la forêt de Rambouillet, par exemple) est confondante. 

 

 

 

LE GOIX

Renaud LEGOIX lui est le spécialiste de la Gated Community, ou "quartier fermé", un concept venu d'outre atlantique qui se diffuse rapdiement en Europe et en dit long sur notre société. On lira son article sur les Gated Communities en France et aux Etats-Unis en suivant ce lien (2006, dans Hérodote)

 

 

En banlieue, on trouve bien évidement les zones commerciales. Le sujet est consistant en géographie, mais l'affaire est laissée, comme le centre-ville qui perd de ses parts de marché au profit des zones commerciales, aux sociologues encore une fois. Pourtant, il faut lire par exemple cet article de Pascal MADRY dans Etudes Foncières (2011), en ligne ici, qui montre que le commerce de banlieue est "entré dans sa bulle" (spéculative). Quel retournement géographique en 20 ans seulement ! Le commerce de centre-ville faisait encore les 3 quarts du chiffre d'affaires commercial. Le commerce de banlieue, un quart. De nos jours, le rapport s'est inversé.

 

David MANGIN

 

Le livre de David MANGIN, La ville franchisée, formes et structures de la ville contemporaine, 2004, 480p, malgré son titre, ne parle que du commerce de zones commerciales et de ses effets. Le livre est très documenté, il recherche l'exhaustivité, c'est plus un livre à feuilleter qu'à suivre pas à pas. Le constat fait par l'auteur n'est pas reluisant, mais il doit être connu.

       

 

 

Dico des banlieues

Faute de bonne synthèse sur les banlieues, il faudra se contenter du dictionnaire de Béatrice GIBLIN (dir.) intitulé simplement Dictionnaire des Banlieues (Larousse, 2009, 447p.) Attention, nous n'avons pas lu ce livre, notre esprit critique s'arrête donc ici.

 

 

 

 

 

 

Merlin Choay

 

Plus large que le thème des banlieues, le Dictionnaire de l'urbanisme et de l'aménagement de MERLIN, Pierre, et CHOAY, Françoise, est plus complet. Il sort aussi de la France, mais il s'est imposé au fil du temps et de ses rééditions (PUF, rééd. 2015, 1009p)

 

 

            Le périurbain

A priori, quelques lignes plus haut, nous prenions position pour ne pas inclure systématiquement l'espace périurbain dans la ville. Si nous le faisons systématiquement, nous abandonnons deux aspects essentiels de la ville : d'abord la densité qui fait en grande partie l'urbanité (Saint Pierre Roche, l'exemple cité plus haut a une densité de 25 soit moins de 4 fois la moyenne française !), ensuite le paysage (les paysages périurbains sont dominés par la chlorophyle, la terre, alors que les paysages urbains sont dominés par le béton et le goudron). Il faut donc laisser le périurbain à sa place, c'est à dire "autour" de la ville. Les communes rurales portent 22% de la population, sur 62% du territoire français.

Cependant, bien entendu, il y a une complémentarité entre les 2 espaces, et à ce titre les communes périurbaines, majoritaires dans la France rurale, jouent un rôle social dans la ville (en plus du rôle de pourvoyeur pour la ville de matières premières, d'énergies, d'espaces de récréation, etc). Non seulement ce rôle est très important, mais il est de plus en plus grand, les communes rurales étant plus dynamiques que les communes des unités urbaines comme nous le relevions plus haut.

 

Habiter le périurbainRodolphe DODIER (dir) a tenté récement une synthèse sur le sujet (PUR, 2012, 210p). Les problématiques sont nombreuses, et parfois inquiétantes : les espaces périurbains de par leur éloignement des centres posent un problème de durabilité du fait de l'intensité des migrations pendulaires. Les "néo-ruraux" connaissent le problème de l'intégration dans un milieu social parfois étranger pour eux. L'impact paysager est énorme, avec la poursuite du grignotage des terres agricoles et l'artificialisation des sols : plus 600km2/an, soit un département "mangé" par le béton tous les 9 ans. Si l'on ajoute à cela que la consommation d'énergie par personne continue d'augmenter, le volume d'eau consommée, le poids de déchets produits aussi, on peut légitimement penser que la problématique de l'impact de la ville actuelle sur l'environnement est la grande oubliée des études urbaines.

GuilluyIl faut finir avec un ouvrage, ou plutôt un auteur qui fait polémique. Mais voilà, sous la polémique il y a des vérités intéressantes, c'est tout le travail de GUILLUY, Christophe, qui écrit La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires, 2014, 190p. Et on ne va pas bouder notre satisfaction de voir un géographe vendre autant de livres et atteindre le grand public. Après son petit atlas succint sur les nouvelles fractures sociales en France, l'auteur poursuit dans la même veine en définissant une « France périphérique » qui n'est pas seulement composée des espaces périurbains, mais majoritairement (il y met aussi les aires urbaines de moins de 370 000 habitants et les espaces ruraux hors des aires urbaines, que nous persistons à appeller "rural profond"). L'auteur y trouve des signes évidents de précarité, mais une homogénéité sociale qui se distingue bien des centres des grandes villes où « l’inégalité, ça marche ! » . Résultat, dans la France « périphérique » beaucoup sont « piégés » dans le cercle dettes liées à l'accession à la propriété + frais de déplacement. Ils sont nombreux à se priver de vacances (43% des Fra ne partent pas). Le grand périurbain et les villes moyennes et petites seraient donc quasiment un espace de relégation (il n'utilise pas le mot), pour une majorité de la population. C'est inquiétant, d'autant plus que ces catégories votent souvent FN (la géographie électorale semble lui donner raison)

Villes durables travaillé

Impact négatif sur l'environnement, difficultés sociales particulièrement fortes des villes... le lecteur comprendra aisément pourquoi nous choisissons de NE PAS présenter un autre livre connu, à savoir le petit Atlas des villes durables (VEYRET, LUSSAULT, LE GROIX, et alii, 2011). En effet, la ville française n'est globalement pas durable, ni au plan de l'impact sur l'environnement ni au plan social... il ne lui reste que le dynamisme économique. Sans surprise le livre n'affirme pas vraiment le contraire, et se contente d'incantations et de petits exemples (souvent limités à des quartiers) où le développement y est un peu, ou passionnément durable, alors qu'ailleurs il ne l'est pas du tout. Il y de quoi s'agacer aussi du fait que les fruits promis par les politiques de la ville (fruits sociaux, fruits en terme d'emploi, de lien social, de respect de l'environnement...) soient assez systématiquement au futur. Comme la promesse du développement infini des richesses par l'urbanisation est une prospective, la ville durable est aussi prospective et semble bien devoir le rester ! Dans la rubrique géographie contournable, il y a un billet "marre de l'histoire en géo". Faudrait-il symétriquement y ajouter un "marre de la prospective et du futur en géo" ?

Nous terminons donc par deux notes assez pessimistes. Ce n'est pas une ligne éditoriale mais le choix du réalisme qui nous y guide.

 

Insoutenable

 

Même si l'ouvrage de Augustin BERQUE, Philippe BONNIN et Cynthia GORRA GOBIN (dirs) est un peu décousu, et pas forcément centré sur la France, il apporte des éléments réalistes sur la situation. Au final, il est destiné à éclairer sur des choix politiques et d'aménagements.

 

 

 

 

MONGIN

 

 

Bien que le titre soit plus neutre, l'ouvrage du philosophe Olivier MONGIN est en réalité assez pessimiste lui aussi. Son angle d'approche est surtout la citoyenneté à l'heure de la ville dans la mondialisation (2007 réédition, 325p)