Comme l'écrit un des auteurs du numéro de Questions Internationales consacré à ce pays, "France et Afrique du Sud s'entendent bien mais se connaissent mal" (p50). Etonnant, d'autant plus que les entreprises "françaises" comme Total, Renault se rencontrent fréquement par là bas. Alors pourquoi cette ignorance ? Parce que c'est loin, peut-être, parce qu'aucune des langues de l'Afrique du Sud n'est le français, sûrement.

 

A carte 300

Connaitre le pays un peu mieux que par les quelques clichés de cette carte postale n'est pas un luxe. C'est le grand pays le plus riche d'Afrique (en richesse par habitant). Le pays a un peu forcé son entrée dans le club des pays dits "émergents", puisqu'il a le privilège d'être le "S" des BRICS (voir notre billet critique sur l'émergence) Qui s'intéresse à l'Afrique doit tout de même savoir comment fonctionne sa locomotive sud-africaine.

 

 

Heureusement, le pays dispose d'un petit réseau de spécialistes. Ils s'expriment en langue anglaise, qu'ils soient sud-africains ou anglo-saxons ; il y a aussi quelques francophones, qui sont notre porte d'entrée (pas besoin donc d'avoir recours à notre guide de survie du géographe perdu dans un territoire sur lequel presque personne n'écrit, que nous avions élaboré pour Madagascar)

 

couv GERVAIS LAMB

Il y a donc d'abord l'incontournable Philippe GERVAIS-LOMBONY, qui a écrit et réédité, L'Afrique du Sud et ses Etats voisins, Colin, U, 2013, 272p. L'ouvrage traite de toute l'Afrique australe (c'est à dire qu'il présente plus ou moins superficiellement le Botswana, le Lesotho, le Swaziland, la Namibie, le Mozambique et le Zimbabwe, qui mériteraient chacun un livre, tant pour leurs extraordinaires populations que pour leur énrome surface ! Mais ce regroupement a tout son sens tant l'Afrique du Sud, et le Gauteng, et à plus grande échelle encore Johannesbourg sont le centre de la région. Les questions p30 "Une Afrique australe sud-africaine ?" "Une Afrique du Sud africaine ?" le justifient bien.

 
 

 

 

Afrique-du-Sud_largeCependant, si l'on ne veut de connaissances que sur l'Afrique du Sud, on pourrait se contenter du seul numéro de la Documentation photographique qui se consacre à un pays africain :« L'Afrique du Sud entre héritages et émergence », numéro 8088, juillet 2012 , par le même GERVAIS-LOMBONY, Philippe.

L'auteur commence par une longue partie historique (la Documentation photographique fait autant d'histoire que de géographie), puis il présente la géographie du pays selon 3 "vitesses au changement" : il y a d'abord le "tempo presto du changement politique" qui se fait sous l’impulsion de l’African National Congres et de ses alliés le parti communiste SACP et la confédération syndicale COSATU (TU pour trade-unions : l’Afrique du Sud est un pays ouvrier ! 65% "seulement" de l'activité est tertiaire). L'ANC, depuis la démocratie, a toujours plus de 60% des voix. Cependant depuis le XXIème siècle, il faut reconnaitre que les réformes néo-libérales de Tabo MBEKI puis Jacob ZUMA ont un peu, beaucoup, passionnément douché les espoirs des électeurs. 

Il y a aussi le "tempo moderato des changements économiques" qui en fait un émergent, surtout par le biais de l'accumulation dans le temps d'excédents commerciaux ; de la croissance, le tout sur fond de stabilité de la monnaie. Résultat, l'Afrique du Sud joue un rôle régional de plus en plus fort : par exemple, avec MTN (firme téléphonique), Eskom énergie qui a des participations dans le barrage d’Inga ; SASOL en chimie ; ou les supermarchés Shoprite qui ont 187 magasins à l’étranger. Les liens commerciaux sont de plus en plus intenses avec les voisins : il y a interdépendance et l'Afrique du Sud donne l’impulsion de l’organisation du NEPAD. Mais socialement, l'émergent a des pieds d'argile : le fameux "black empowerment" n’a toujours pas touché les cadres dirigeants ; l'espérance de vie n'est que de 56 ans et elle baisse. Pas moins de 10% de la population a le SIDA. Enfin la croissance est l'archétype même d'une croissance extensive qui ne créé pas d'emploi : 2 millions d'emplois ont été détruits depuis 2000.

ANC

Un bureau de l'ANC, à Johanesburg. Le seul argument mis en valeur ici est la riche histoire du parti.
Enfin pour l'auteur, il y a le "tempo lento du changement social, culturel et territorial"... c'est-à-dire un quasi-blocage. Aujourd'hui encore, 60 000 fermiers blancs ont 75% de la SAU (surface agricole utile). La réforme de redistribution des terres est lancée mais jamais concrétisée. L’objectif était de redistribuer 30% de la SAU, pour que les fermiers blancs n’aient que 45% des terres. Seules quelques parcelles ont été concédées, pour l’habitat. Résultat il y a beaucoup d’habitat loin des centres, parfois correspondant aux anciens townships, où l'on trouve un chômage à 50%, beaucoup d'oisiveté, une population vivant de pensions et de "remises" envoyées par des ouvriers installés en ville.
Dans les villes justement, pas de mixité (voir plus bas la présentation du livre de GUILLAUME sur Johanesburg) , mais l'idée de « droit à la ville » (H. LEFEBVRE) se concrétise ici par des rues noires, ou blanches, des magasins noirs, ou blancs, sans mélange, des violences. Il y a aussi émergence d’une classe aisée noire avec 4X4 et BMW surnommée « fat cats », ou « black diamonds ». Les townships deviennent des lieux identitaires, de culture, avec boites de nuit comme à Soweto.
On aurait bien respiré en lisant cette documentation photographique, si elle avait au moins évoqué l'exceptionnelle biodiversité du pays, sa faune surtout, mais aussi sa flore, sa géomorphologie, ses formations végétales, le plus grand parc naturel du monde qu'est le parc Kruger, avec ses 300km de long, où cette image a été prise en 2005 :

 

 

810 Img1839

 

Alleluia, le Festival de la Géogrpahie de Saint Dié dans son édition 2017 vient corriger cette lourde lacune en invitant l'Afrique du Sud ... en même temps qu'elle tente de redonner à la géo sa part de l'étude du monde sauvage (thème : territoires humains, mondes animaux). La revue de géographie Carto en profite donc, dans son numéro 43 de septembre 2017 pour présenter une bonne approche de la géographie politique du pays et des parcs naturels (en tout 6 pages sur le pays)

Alors pour respirer, il faut avaler un peu de livres en anglais. En effet, il n'y a que du côté de la littérature anglophone que l'on trouvera quelque chose de consistant.

Geology

HATCH, F. H., COSTORPHINE, G. S., The Geology of South Africa est un classique... un très classique, puisqu'il s'agit d'un livre de 1923 mis à jour !! Heureusement la géologie n'a pas trop bougé depuis un siècle. Ce livre de 323 pages est la référence.

 

 

 

Il fera le régal du géographe en voyage, tout comme le Landscapes and Landform of South Africa, 2015, qui est bourré de photos et de cartes en couleur. 

Landscapes

 Outre les chapitres attendus par ensemble régional, ce livre vous amène à faire une excursion, à la fin, par des thèmes qui peuvent paraitre excentriques au géographe français mais qui sont fort originaux : la géographie militaire de la guerre des Boers et enfin les "geoheritage" et "geotourism" ! On ne trouvera pas ces deux livres bien sûr en France, à moins de les commander (GRAB, S., KNIGHT, J., 187p, 2015)

 

 

Vous ne lisez pas l'anglais ? Alors ne regardez que les couleurs de cette carte géologique du pays, c'est si beau :

 

GEOL

 

 

 

 

LAFARGUE

 

LAFARGUE, François a publié récement aux PUF une géopolitique du pays, qui est en réalité une réédition d'un livre mis à jour (187p, 2015)

 

 

 

 

 

Le très regretté Jean-Christophe VICTOR et son équipe du Dessous des Cartes avaient pour leur part réalisé une émission sur le pays en 2010, à l'occasion de la coupe du monde de football.

Le dessous des cartes - L'Afrique du Sud : Balle au centre - 5 juin 2010

Alors bien entendu, en France, on veut l'oublier cette coupe du monde de foot. Et d'ailleurs, renseignements pris, les Sud-Africains s'en souviennent bien, eux aussi, des frasques de l'équipe bleu blanc rouge dans la "nation arc en ciel" (l'expression est de Desmont TUTU). Mais un autre problème lié à cette coupe du monde, pressenti par J C VICTOR dans sa petite émission, s'est révélé un peu indigeste, à savoir le coût de construction des équipements sportifs liés à ce "mégaévénement"... un point qui apparait clairement dans la livraison de la revue Questions Internationales consacrée au pays :    

   

Afrique-du-Sud-une-emergence-en-question_largeRéçent (février 2015), le numéro de Questions Internationales consacré à l'Afrique du Sud mérite d'être cité. La Documentation Française permet ici d'y consulter le sommaire. On va commencer avec l'aspect positif : il vient de l'affermissement de la démocratie (la vraie, avec contre-pouvoirs et liberté de la presse) et de l'Etat de droit (cf interview de Geogres LORY). Souhaitons longue vie à cette jeune démocratie. Mais on le sait bien, il y a les objections : la stagnation économique depuis 10 ans qui fait qu'on a bien du mal à se sentir vraiment "émergent" ; les violences (avec un taux d'homicide de 25 pour 100 000 habitants alors qu'il est de moins de 2 en France ! une violence assez peu raciste, puisque, "seulement" 1520 fermiers blancs ont été assassinés depuis 1994) ; la blessure traumatique laissée par l'appartheid (les silences dans la discussion, les non-dits des échanges avec les sud-africains noirs semblent en témoigner) ; l'incertitude sur la survie des blancs, qui continuent de quitter le pays (" the white flight")  à la vitesse de 10 000 par an. Ces objections arrivent vite à travers d'autres contributions : Raphael BOTIVEAU parle d'une démocratie "vers l'impasse", Nicolas PONS-VIGNON est -malheureusement- fort convaincant lorsqu'il parle d'"Un bilan économique décevant"... incroyable mais vrai, (comme on disait le dimanche à 13h40) l'indice de Gini est ainsi passé de 0,56 en 1995 à ... 0,65 en 2011 (p70) ! L'Afrique du Sud, c'est un peu ça : l'appartheid est bien fini, mais on l'a vite remplacée par une ségrégation sociale tout aussi implaccable. Qui "on" ? l'ANC ? la mondialisation ?

 

GUILLAUME

Nous hésitons un peu pour finir à présenter la thèse de Philippe GUILLAUME, Johannesburg, Géographies de l'exclusion, publiée chez Karthala. La ville a tellement changé depuis ! De plus, l'auteur a tendance à faire beaucoup d'histoire (nous nous en sommes déjà indignés dans le billet Marre de l'histoire en géographie) Cependant c'est un trésor d'informations sur cette ville si injuste mais si étonnante.

 

 

 

soweto

 

Soweto en 2017 : la rue où ont habité 2 nobels de la paix, Mandela (dont la maison est visible à gauche) et Tutu est devenue la rue  la plus touristique du pays. 

 

 

 

Il n'échappera pas au géographe que la petite bibliographie critique sur l'Afrique du Sud présente quelques lacunes. Citons les

Pour les aspects économiques, pas de synthèse en français, et notamment sur le fameux Mineral-Energy Complex (MEC). Il faut donc se rabattre sur des articles de la revue Tiers Monde (par exemple le numéro 219 de 2014 où Nicolas PONS-VIGNON présente ses doutes sur l'émergence du pays. Pour la géographie maritime et portuaire, on se contentera du très clair article de Annie LAMY-GINIER sur les ports d'Afrique du Sud, paru dans la revue en ligne Mappemonde en 2005.

Le cap

 

 

Le Cap a fait l'objet d'un ouvrage paru en 2008 et dirigé par DUBRESSON, Alain. Bibliographie Critique de Géographie n'a pas réussi à mettre la main dessus.

 

 

 

Il en va de même pour l'ouvrage de Pauline GUINARD (à qui on pardonnera de ne pas être géographe) intitulé Johanesburg, l'art d'inventer la ville, PUR, 326p, 2014.