Et oui ! de la géographie physique !

En effet, BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE DE GEOGRAPHIE marche sur ses deux jambes de géographe. Certes la géographie est une science sociale ; cependant les données physiques sont incontournables. INCONTOURNABLES : pas "déterminantes" ; "possibilistes", mais pas seulement... incontournables, donc.

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car ce n'est pas pour rien, si...

...à Toura, capitale du district des Evenks, qui a vraissemblablement la particularité d'être le territoire peuplé le moins dense du monde avec une densité de 0,023 hab/km2, les tuyaux de chauffage sont aériens et que les quelques rues de la "ville" (de 6000 habitants maximum, mais qui administre un territoire plus grand que la France) se transforment en bourbier durant les 5 mois hors-gel de l'année (cf photo : copyright Panoramio 2010)

 

Malheur donc au géographe - ou au simple touriste - qui aborderait ce lieu sans connaitre précisément le climat continental, le pergélisol (permafrost fait plus typique), la raspoutitsa, et surtout les causes et les conséquences de l'enclavement.

Plus généralement, malheur aux géographes, qui négligeraient le poids des températures, l'importance de la production biologique, la dimension quasi-spirituelle de la faune sauvage, les formes du relief ou le risque sismique : ils louperaient complètement leur rôle dans le grand chantier du développement durable, et leur existence scientifique au XXIème siècle.

              Une synthèse

VIGNEAU, Jean-Pierre, VEYRET, Yvette, Géographie physique, milieux et environnements dans le système terre, Colin, U, 2002.

En voilà un livre intéressant ! Peut-être la meilleure présentation du sujet en système. On y trouve donc :

PI le système terre (relief/climat/hydrologie/végétation et sols MAIS AUSSI « interfaces et ruptures » càd essentiellement les zones de transition entre différents types de végétation, mer et terre, « héritages et anthropisation »

syst terre

 

Le système-terre selon VEYRET/VIGNEAU

 

 

 

 

 

PII Les grands milieux (littoraux/montagnes/grds bassins versants comme le Congo – Ob Ienisseï Lena – Seine)

L'ouvrage s'attache à développer des cas très pertinents.

Après avoir lu cet ouvrage, çà y est, la géographie est remise à l'endroit. Mais pour aller plus loin dans la connaissance de la géographie physique de la terre, il faut passer par l'étude des thèmes suivants :

    

                   Les climats

Désolés : nous n'avons pas la chance d'avoir appris la climatologie ailleurs qu'aux éditions Colin.

GODARD, Alain / TABEAUD, Martine Les climats, Mécanismes et répartition, Colin, Cursus (presque poche), 1993, puis réédité. Il faut commencer par là pour comprendre les climats quand ils fonctionnent normalement. Le livre ne parle pas de changement climatique, c'est tout son intérêt. Mais justement : il est indispensable car il pose d'indispensables bases pour comprendre. Le lire permettrait à maints journalistes et hommes (ou femmes) politiques de limiter leurs approximations. Voilà l'image de ce qui devrait leur servir de livre de chevet

Climats God Tab

 

Comment ? La dernière édition (2009) de l'inénarrable manuel s'est donc gonflé du sous-titre "variabilités" ? Ce thème n'est pourtant pas son point fort.

 

 

 

 

VIGNEAU, Jean-Pierre, Climatologie, 2005, Colin Campus, 200p. Dernier chapitre sur la question du changement climatique. Contrairement à l’ouvrage de GODARD/TABEAUD, il évoque des problèmes précis : el Nino (une remontée d’eau chaude dans le Pacifique Est à hauteur de l’Equateur qui perturbe le cycle de l’eau habituel ; El Nino veut dire « petit garçon » parce qu’à l’origine il n’apparaissait qu’à Noël –cf Jésus-), les modèles climatiques (càd les logiciels qui anticipent la météo)

LAMARRE, D., PAGNEY, P., Climats et sociétés, 1999, 272p, Colin U. Les auteurs insistent ici sur le fait qu'à toute échelle, chaque espace a des conditions biologiques particulières qui lui offrent un climat spécifique, et donc des opportunités pour les hommes.

Un des auteurs de ce dernier ouvrage, Denis LAMARRE, mérite d'être mis en avant. Pas seulement pour ses ouvrages sur la question. Pas seulement pour son sale caractère qui le rend, finalement, sympathique dans l'univers impitoyable des géographes. Mais sa chronique de climatologie dans la revue Historiens et Géographes met la connaissance à portée de tous : elle est à fréquenter.

Enfin, s'il est un ancètre à ne pas oublier, c'est DE MARTONNE : inventeur de la classification des climats, du concept d’évapotranspiration… et à qui on a demandé - c'était une autre époque - de participer à la détermination des frontières de la Pologne après la Première Guerre mondiale, pour ses connaissances en géomorphologie et en climatologie !

         Biogéographie

... un domaine inauguré, lui aussi, par DE MARTONNE.

LACOSTE, Alain, SALANON, Robert, Eléments de biogéographie et d’écologie, 2005, Colin (encore) par des chercheurs en biologie et pas géographes

savane_bismarkias

Car ce n'est pas pour rien, si...

Dans le moyen ouest malgache, on trouve sur une cinquantaine de km cette insolite savane de palmiers bismarkia. Ce paysage de rêve ne serait pas là sans une certaine histoire biologique, un certain climat , un certain type de sol. Mais le rare pâturage des zébus et les incendies allumés par les agriculteurs du secteur y sont aussi pour quelque chose. 

 

        

                Relief, érosion

Les ouvrages traitant de géomorphologie ressemblent un peu à leur sujet : ils n'évoluent qu'à l'échelle des temps géologiques. Donc que nos lecteurs aient 18 ans et démarrent un cursus d'études lié au relief, qu'ils aient 39 ans et écrivent une bibliographie sur Internet, ou qu'enfin, arrivés à la retraite ils prennent e temps de lire vraiment ce qu'ils n'avaient fait que feuilleter quand ils étaient jeunes, ils reconnaitront les 2 pilliers suivants

DERRUAU, Max, Les formes du relief terrestre, le plus clair de tous les ouvrages d'explication, maintes fois réédité depuis 1969 chez Colin. Bien sûr que l'auteur enseignait à Clermont-Ferrand, çà tombe sous le sens. Juste pour le plaisir, voici quelques mots qui vont refaire de vous des rêveurs : pli couché ; val perché ; batholithe ; cluse ; glacier rocheux ; pierrier vif.

Rivalisant, par sa longévité avec le premier, mais le dépassant en précison et en ambition,

COQUE, Roger, Géomorphologie, Colin

Enfin en plus petit mais plus spécifique, deux minuscules livres d'initiation

PECH, Pierre, Géomorphologie dynamique, Colin, collection Synthèse (format poche) sur l'érosion

PECH, Pierre, Géomorphologie structurale, Colin, collection Synthèse (format poche)

Tannourine

 

 

car ce n'est pas pour rien, si...

...on a parfois l'impression que la terre nous parle (photo : gouffre de Tannourine, Liban, copyright Panoramio). Elle parle plus fort quand il y a du relief. Elle parle par la grandeur, par le mystère de la forme rare, comme ici, par sa géomorphologie, par le réseau hydrologique qui a sculpté cela.

 

 

 

 

 

 

 

 

               Donner du relief à la géographie physique, en diffuser la connaissance

On connait Nicolas Hulot, même s'il se focalise sur la faune. On connait Jean-Marie PELT et ses Tour du monde d'un écologiste ; on a connu Aroun Tazzieff, la passion tragique des époux Katia et Maurice Krafft pour les volcans, chaque chaîne télé a son spécialiste météo et tremblements de terres qui vient apporter, après telle ou telle catastrophe, de la compréhension là où faute de connaissances nous n'avons que de l'émotion. Plus précis, plus techniques, mais plus géographiques, voici quelques autres vulgarisateurs

On remercie donc, pour cette mise en relief, l'émission de géographie PLANETE TERRE de France Culture, qui de temps en temps prète le micro à des passionnés de géographie physique ; ici nous en citons 3 : 

Il y a d'abord un géographe-spéléologue, forcément spécialiste du karst, en la personne de Philippe AUDRA (son intervention sur Planète Terre, en 2012, est ici)

Christian FRANCE-LANORD, lui aussi rencontré sur France-Culture, du CNRS de Nancy, étudie l'érosion de l'Himalaya. L'émission de 2009 qui nous a fait découvrir son travail de géoscience n'est plus en ligne. L'idée principale est la suivante :  en quantifiant le volume annuel, à raison de 2/3 g de sédiments par litre d'eau, rejeté à la mer par le massif montagneux, on peut faire des hypothèses sur la vitesse d'enfoncement des plaques océaniques et donc sur l'activité tectonique qui en résulte. De même, il serait possible de faire un lien avec le cycle mondial du carbone : plus de carbone dans l'atmosphère c'est plus de chaleur, plus d'eau en vapeur d'eau, et donc plus de végétation à l'échelle mondiale, un niveau des mers plus bas, plus de surfaces contientales, etc. Tous ces conditionnels sont certes un peu loin de la vie quotidienne ; mais ils permettent de mieux envisager le changement climatique. 

Enfin nous évoquons Sylvain TESSON, qui est un grand vulgarisateur de géographie physique, en ce sens qu'il parcourt les territoires avec ses pieds. Ses récits (sur la Sibérie, sur l'Himalaya) sont passionnants : il faut lire L'axe du loup (2004), malgré les approximations historiques, c'est finalement une grande oeuvre géographique.

Car ce n'est pas un hasard si ...

Bienvenue aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF)

La géographie renouvelle sans cesse le lien entre l'homme et la nature. Dans cette vidéo très institutionnelle (postée par la préfécture maritime des Terres Antarctiques et Australes Françaises, TAAF) la diversité des milieux français du grand Sud est bien montrée : faune, flore, milieu littoral, milieu marin, glace, chaleur... Ici, les hommes n'exploitent rien de ces immensités naturelles. Mais le lien, très fort, de protection est bien montré.