On se souvient, quand nous étions étudiants en géographie, au siècle dernier, de ce que nous nous disions : la mer, et à fortiori les océans, ce n'est pas vraiment de la géographie. La première preuve : nos maitres n'en parlent pas. La seconde preuve : aucun humain n'habite la mer, or la géographie est une science sociale, nous avaient répété nos maitres.  La question se posait parce que la planète terre, c'est surtout de la mer. Parce que les mers et océans, presques toutes reliées, qui forment l'océan mondial, font la plus plate des autoroutes pour les transports, la plus riche des réserves de protéines, d'énergie... Il y avait bien des vieilleries signées VIGARIE, MARCADON qui trainaient dans les rayons de la "BU", mais on ne nous suggérait pas de les lire. Il fallait donc bien se décider à propos de ces encombrants 71% de la surface de la planète pour la science géographique : niet, ce n'était pas de la géographie. C'était juste de la nature, comme dans le film de Jacques PERRIN, on laisse çà aux scientifiques et aux écologues

OCÉANS - BANDE-ANNONCE VF - de Jacques Perrin

Nos maitres s'étaient donc plantés. Ils n'avaient pas eu le nez fin. Mais nous, on se posait la bonne question, au sujet de l'océan. D'autant plus que, nous le sentions, l'océan revenait par le biais de cette nouvelle époque qui s'ouvrait à la fin du XXème siècle, la mondialisation. Alors on a eu droit, vers 2000, à une question de concours sur les littoraux. Premier renouvellement bibliographique. Puis en 2014 on quitte enfin la côte en mettant au concours "géographie des mers et océans". Ouf on peut quitter la côte. Ouf, "les géographes prennent le large" comme l'avait proclamé l'édition 2009 du Festival de la Géographie de Saint Dié, dans les Vosges.

 

croisière CMA CGMC'est un peu comme cette nouvelle mode qui consiste à partir en croisière, mais sur un cargo, histoire d'entrer en contact avec le vrai monde, pas celui des cartes postales (capture d'écran : page de présentation des croisières en cargo de la compagnie maritime CMA-CGM). Désormais, la mer intéresse.

 

Concrètement, dans les BU, le préposé à la géographie est maintenant presque obligé de créer une cote "géographie des mers", parce que bourrer tout çà dans "littoraux" ne suffit plus. Cette nouvelle bibliographie, la voici, classée de la plus simple à la plus approfondie :

 Entrer dans le sujet avec des revues

Doc photo esp maritimesComme souvent c'est la documentation française qui publie l'ouvrage le plus intéressant sur le sujet. Il est signé FREMONT, Antoine, « Géographie des espaces maritimes » Documentation Photographique 8104, avril 2015. La synthèse présente d'abord les RESSOURCES pèche – circulation – énergies. Puis l’EXPLOITATION, pas très durable car 1-pêche en baisse : 86M tonnes de captures en 1996, 79M en 2012 et car 2-ni la sécurité de l’off shore ni celle des "navires poubelles" n'est maitrisée. Les THEMES : pêche / routes maritimes (sur le sujet l'auteur est inépuisable) / énergie / tensions sur frontières maritimes / mais aussi le « garbadge patch » au milieu du Pacifique Nord (entre deux courants) / le rôle de régulation thermique des océans.

 

 

diplomatie géostratégie des mers et océans

 

 

En 2010 la revue Diplomatie publie un hors-série sur le sujet...

diplomatie géopo mers et océans... et recommence en 2012. Dans les 2 cas, l'approche est plutôt géopolitique, donc très loin de celle du film de Jacques PERRIN

 

 

 

 

 

 

Mers-et-oceans_large

 

Et puisque tout le monde s'y met, à la mer et aux océans, comme pour se rattrapper d'autant d'années à les avoir exclu de la réflexion géographique, il faut aussi citer le numéro à ce nom de Questions Internationales. Numéro 14, 2005. 

 

 

   

 

          Deux atlas Autrement

Atlas océan mondial

 

Jean-Michel COUSTEAU et Philippe VALETTE ont écrit en 2007 "Atlas de l'océan mondial. Pour une politique durable de la planète mer"

 

 

 

 

 

 

Atlas mers et océans Louchet

 

André LOUCHET écrit en 2015 "Altas des mers et océans : conquètes, tensions, explorations" Cartographe : Fréderic MIOTTO.

 

 

 

 

 

           Des ouvrages... en pagaille ?

Depuis quelques années, on assiste donc à un raz-de-marée de livres sur les mers et les océans, en particulier depuis la mise au programme de la question de concours. Si nous en présentons beaucoup, nous n'avons pas pu tous les lire.

Néamoins nous savons que malgré des titres communs, ils abordent les choses de différentes manières :

Deboudt Meur-Ferec Morel Colin Sedes

DEBOUDT / MEUR-FEREC / MOREL ont dirigé l'ouvrage le plus demandé, pour  Colin et Sedes, 2014

 

 

 

 

 

 

 

Miossec mers et océans

 

 

MIOSSEC, Alain, a dirigé l'ouvrage pour les Presses Universitaires de Rennes, 2014

 

 

 

 

et comme souvent pour une question de concours, plusieurs éditeurs et auteurs sont sur les rangs avec des titres qui sont bien sûr toujours les mêmes, et une date d'édition identique à quelques semaines près.

Ellipses Wackermann

 

 

 

Ellipses avec l'éternel Gabriel WACKERMANN,

 

 

 

 

 

Dunod Escach

 

 

Dunod avec Nicolas ESCACH,

 

 

 

 

 

 

Bréal St DUBOIS

 

 

 

... ou Bréal avec Stéphane DUBOIS

 

 

 

 

Woessner

WOESSNER, Raymond, a dirigé l'écriture pour Atlande, 2014, 450p. La partie I « Repères » est un peu fourre-tout il faut le reconnaitre : c'est à la fois de la géographie physique, une approche culturelle, une approche épistémologique. La partie II « Thèmes » revient d'abord sur de la géographie physique, puis sur la « prise de possession » de l'océan mondial (physique et juridique, les routes commerciales). L'auteur traite ensuite de la marine marchande (en commençant par de l’histoire, encore hélas). Puis c'est au tour des ressources d'être présentées : pêche, énergie, matières premières. Une dernière partie de géographie générale est consacrée à « nature, risque, gestion ». Enfin, la partie III « Espaces » fait une centaine de pages et suit un découpage régional original : les "Rangées" d'abord, puis l’océan Indien et le Pacifique,  la Méditerranée,  le Mexique et son Golfe,  îles et archipels

 

mers et océans appuisMARTINAUD, Claude, PARIS, Franck, ont écrit  Océans, mers et îles, appuis de la mondialisation. Ellipses, collection "50 fiches" 2013, 143p. « Appuis de la mondialisation » est peut-être superflux, puisque dans ce livre nous n'avons pas trouvé de réflexion précise sur le sens de la mondialisation. Par contre l’ouvrage approche bien le sujet des espaces maritimes, sous des angles nouveaux, qui complètent les connaissances les plus nécessaires sur le sujet. Par exemple, la fiche 10 « 2 îlots au cœur des conflits : Tromelin et l’îlot Persil » , par exemple la fiche 18 qui fait le point sur le déssalement de l’eau de mer. Mais là où on attend des chiffres et des lieux démonstratifs on a d’abord droit, au début de chaque fiche par une chronologie (helas). Vers les fiches 40 etc, on convoque Jules Verne et les 20 000 lieues sous les mers … alors que le thème des routes maritimes n’est pas étudié.

Après avoir présenté cette longue suite de revues et de livres reprenant invariablement le même titre, au nombre quasi record de 12, il est temps d'évoquer des approches originales, car non déterminées par un programme de concours.

 

Louchet Planète océane

 

LOUCHET, André, La planète océane, Colin U, 2009, 560p. Ce manuel est un peu indigeste, parce que long. Les données pourraient être présentées plus clairement et plus directement, cela allègerait l'ouvrage ; cela lui donnerait un aspect moins catalogue. La moitié des chapitres est une géographie physique. Le quart des chapitres sont des régionales : Pacifique, océan Indien, Arctique etc… Le dernier quart est consacré à des thèmes : la technique, la pèche, les armements…

 

 

 

géopo mers et océansL'approche de ROYER, Pierre, dans sa Géopolitique des mers et des océans, PUF, 2012, 195p, renouvelle bien le travail de VIGARIE, André, qui avait fait dès les années 80 une Géostratégie des nations. On lira d'abord avec intérêt l'introduction intitulée "et si la géographie servait d'abord à naviguer ?" en écho à l'opuscule de Yves LACOSTE dans les années 70... les arguments de cette introduction un peu iconoclaste sont fort intéressants, nous n'en dirons pas plus. Puis les 9 chapitres sont autant d'angles très intéressants sur le sujet. Parmi ceux-ci, on ne citera que ceux qui nous ont paru originaux ; le chapitre 3 "Les artères de la mondialisation, la place des océans dans les flux de l'économie mondiale", très synthétique mais qui manque tout de même d'une bonne carte (d'ailleurs à tout seigneur tout honneur nous n'avons pas vu dans ce chapitre que l'expression artère pour la plus grande route maritime mondiale soit clairement attribuée à Antoine FREMONT 2005 ; redresseurs de tort que nous sommes nous en donnons même la référence ici). Dans le chapitre 6, intitulé "le grand jeu océanique : les puissances maritimes", l'auteur fait un bilan intéressant de la situation actuelle où la domination des Etats-Unis perdure (bien que les 3 plus grandes compagnies de transport maritime soient européennes). Le chapitre 8 présente bien le cas des "méditerranées" que sont, pour l'auteur, la Méditerranée éponyme, les Caraïbes, la mer de Chine, mais aussi la Baltique. Enfin dans le chapitre 9 également original l'auteur dresse un état des lieux assez inquiétant des "océans en danger". Au total le livre de ROYER ne trahit pas le sujet géopolitique qu'il se donne, c'est une réussite.

 

PiraterieLa piraterie, que l'on croyait reléguée à l'histoire, revient en force dans le contexte de mondialisation. Elle fait couler beaucoup d'encre, elle est un phénomène bien au coeur du thème "mers et océans" ; mais nous n'avons pas répéré de bonne synthèse sur le sujet. C'est pourquoi nous présentons ci-contre l'ouvrage que nous avons pu lire, qui a une approche essentiellement juridique. Un bon chapitre explique la phénomène dans l'Ouest de l'océan Indien. Auteurs Philippe CHAPELOT, Jean-Paul PANCRATIO, éditions Vuibert, 2014, 224p.

 

 

CALLUMOcéans la grande alarme de Roberts CALLUM n'est pas le premier livre qui dénonce la surexploitation des mers par la pêche... même si les chiffres précis, il faut le reconnaitre, manquent cruellement. (491p, Flammarion, 2013)

 

Tous les ouvrages présentés pour le moment ne sont quasiment que des ouvrages généraux. Malheureux celui qui s'y limiterait. Il lui faut donc encore deux choses plus distrayantes, plus descrptives mais indipensables pour donner de la chaire à cette connaissance

          Il vous manque : les territoires marins

Pour combler ce manque, il faut se plonger dans la géographie des littoraux, présentée dans ce billet de blog.

Il faut aussi, forcément, se pencher sur ce bizarre "continent" qu'on appelle "océanie", là où les hommes sont les plus adaptés à la mer. Il y a un remarquable petit nouveau sur le sujet dans la géographie française, qui répond au nom de Fabrice ARGOUNES, et que nous ne manquerons pas de présenter dans un futur billet de blog sur l'Océanie, forcément dans la catégorie "régions du monde"

Les pôles sont eux aussi bizarres, eux qui comptent rien de moins qu'un océan, auquel on fait souvent référence ces derniers temps, et un autre continent bizarre parce que peuplé de manchots. Il faudra donc consulter la page de blog qui leur sera prochainement consacrée.

Une mise en garde toutefois : les nombreux livres répondant au nom de Méditerranée sont rarement centrés sur l'aspect maritime, mais sont souvent un titre prétexte pour présenter les pays riverains.

          Il vous manque enfin : la culture de la mer

On se plongera dedans en fréquentant par exemple le très riche site Internet Mer et Marine, qui rend bien compte de toutes les actualités politiques et commerciales et militaires relatives à la mer. On peut aussi reprendre des livres comme Le monde en boites de Antoine FREMONT, que nous citons dans notre billet de blog sur la mondialisation, mais qui permet de bien comprendre la dimension commerciale.

Haddock

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà, cette page de blog ne vous en a pas appris autant sur les mers que le commandant Cousteau, ni que le capitaine Haddock, mais nous espérons qu'elle vous a donné le désir de parcourir la mer et les océans, au moins par les livres, et nous nous félicitons de son récent retour au coeur de la réflexion géographique.